Verdun, le 23 juillet 2006
Objet : « les arbres tueurs au bord des routes »
Messieurs,
C’est avec intérêt que j’ai pris connaissance de la lettre concernant « les arbres tueurs au bord des routes » que vous avez adressée au Président du
Conseil Général de la Meuse
C’est à la fois la Conseillère Générale, le médecin gynécologue et la mère de famille qui vous répond.
Comme vous, je pense que les conduites à risque sont les principales sources d’accidents. Les causes de l’accidentologie des 18-24 ans sont toujours les mêmes :
inexpérience, non-maîtrise du véhicule, vitesse, alcool, stupéfiants, cannabis, fatigue etc. Ce sont surtout sur ces causes qu’il faut essayer de travailler ensemble, avec les pouvoirs
publics.
Comme vous, je ne pense pas que ce sont les arbres qui se jettent dans les voitures.
Cependant l’élue responsable que je suis doit contribuer à mettre en œuvre, dans les domaines qui concernent le Conseil Général, des mesures permettant d’améliorer
la sécurité des personnes et diminuer la mortalité liée aux accidents de la route.
Le nombre croissant de véhicules, les nouvelles pratiques ont obligé les pouvoirs publics à prendre des mesures dans ce sens.
La politique de prévention est prévue par la loi. Elle est
menée avec détermination. Le gouvernement a pris des mesures répressives pour faire respecter
- la réduction de
vitesse,
- le port de la
ceinture,
- la baisse du taux
d’alcoolémie etc.
Elles portent déjà leurs fruits puisqu’on est passé, en 4 ans, de 8000 morts sur les routes à 5000 morts et qu’on a évité à des milliers de personnes
de devenir des handicapées. Ces bons résultats devraient s’inscrire à terme dans la durée en entraînant un changement dans le comportement des conducteurs.
L’allumage des feux, en plein jour, devrait contribuer à diminuer le nombre des accidents et je reste persuadée qu’il faudra, un jour, prendre des mesures
contraignantes dans ce sens.
Malgré cela, il y aura toujours des accidents et le risque zéro ne pourra jamais être atteint sinon à interdire les voitures !
C’est pourquoi, à côté de cette politique de prévention, la politique de sécurité routière doit contribuer à réduire les risques.
Des mesures ont donc été prises concomitamment pour diminuer la gravité des accidents :
- par les constructeurs :
ceintures de sécurité, airbags, ABS, matériaux souples etc.
- par l’amélioration de la
voirie : revêtement et matérialisation de la chaussée etc.
- par l’amélioration des
signalisations plus visibles ou moins dangereuses : bornes en grès remplacées par des bornes moins dures, glissières de sécurité, panneaux dont la construction a été étudiée pour éviter la
chute sur l’automobiliste lors de collisions, etc.
N’y aurait-il que les amoureux de la nature qui refusent de contribuer à adapter l’environnement aux nouvelles conditions de vie ? Les arbres ont été planté au bord des routes par les hommes, à une époque où la circulation n’était pas aussi dense, pour, entre autres raisons, ombrager et pour pallier à la
nourriture des indigents. ( pommiers, pruniers, noyers, cerisiers, poiriers etc.)
En 2004, dans les accidents contre obstacles fixes, c’est contre les arbres que l’on déplore le plus grand nombre de tués : 30,4% et le deuxième
plus grand nombre de blessés graves : 22,2%.
C’est aussi contre les arbres que la gravité exprimée en tués pour 100 accidents corporels est la plus forte 22 pour 100en 2005.
Tels sont les constats en France.
Quels que soient les chiffres, la Gynécologue que je suis connaît les parents, et en particulier les mamans qui ont eu le bonheur d’avoir un enfant parfois
grâce aux progrès de la médecine et qui perdent leur enfant, parfois unique.
Alors que la peine de mort est abolie, la maman que je suis ne supporte pas qu’un arbre condamne à mort un enfant qui a commis une infraction
routière.
Enfin le médecin que je suis partage l’émotion et le point de vue du Docteur FREMONT, médecin du SAMU qui intervient dans les désincarcérations des victimes qui ont trouvé la
mort lors d’une sortie de route précédée d’un choc dans un arbre.
Il suffirait de planter des arbres un peu plus loin ou de les remplacer par des plantations plus modestes comme des arbustes ou des haies. Cela aurait
l’avantage de jouer le rôle d’amortisseurs et contribuerait à lutter contre les inondations !
J’aime la nature et les arbres, mais je préfère les gens : ils font partie intégrante de cette nature et tuer les gens c’est aussi
tuer la nature !
Pour toutes ces raisons j’ai émis un vœu à la séance du Conseil Général du 22 mars 2005 et me suis associée à celui de Messieurs LAMORLETTE et CORDONNIER du 30
mars 2006.
Je vous prie d’agréer, Messieurs, mes salutations distinguées.
Docteur
Claudine BECQ-VINCI
Destinataires : Messieurs Jean BONVILLE et René GUERINET
Monsieur Christian NAMY
Messieurs Denis CORDONNIER et Jean François LAMORLETTE